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Éléphants–Pharaons, l’éternel signe indie

Il est des adversaires qui relèvent moins du football que de l’histoire, voire de la fatalité. Pour la Côte d’Ivoire, l’Égypte appartient à cette catégorie particulière : celle des sélections qui réveillent des souvenirs douloureux, génération après génération, et qui rappellent que certaines rivalités dépassent le simple cadre du jeu.

Le dernier recensement général de la population indique que près de 75 % des Ivoiriens ont moins de 35 ans. Autrement dit, une majorité est née après 1990. Pour ces jeunes supporters, la rivalité Côte d’Ivoire–Égypte est largement théorique, souvent réduite à quelques statistiques ou à des souvenirs récents. Leur première confrontation marquante remonte, au mieux, au match de poules de la CAN 2006 au Caire, qui était déjà le huitième duel entre les deux nations dans la compétition.

Sur les douze confrontations enregistrées à ce jour en Coupe d’Afrique des nations, cette jeunesse n’en a véritablement vécu que cinq. Le reste appartient à une mémoire collective que seuls les plus âgés continuent de porter.
Pour ma part, il n’y en a que deux que je n’ai pas connues : celles de 1970 et 1974. Je me souviens encore, comme si c’était hier, de ce match de 1980 à Lagos, regardé sur le téléviseur noir et blanc de mes parents. L’ouverture du score de Gomé Alexis, d’une frappe rasante, avait fait naître l’espoir. Mais en l’espace de quinze minutes, les Pharaons avaient renversé les Éléphants, rappelant déjà leur incroyable capacité à briser les rêves ivoiriens.
Quatre ans plus tard, en 1984, au stade Félix Houphouët-Boigny, le scénario s’est répété. Miézan Pascal ouvre le score à l’heure de jeu et la Côte d’Ivoire entière se voit déjà en demi-finales de “sa” CAN, après le feu d’artifice inaugural face au Togo. Mais Abouzaid Taher, en cinq minutes, inflige une véritable climatisation à la bonbonnière du Plateau. L’Égypte, encore.
Puis vient ce quart de finale de 1998 à Ouagadougou, l’un des souvenirs les plus cruels. Le tir au but manqué de Diomandé Ibrahim “Abougô”, face à l’imperturbable Nader El Sayed, gardien du Zamalek, plonge la nation orange-blanc-vert dans le deuil sportif. Un épisode de plus dans ce feuilleton à sens unique.
Les plus jeunes connaissent la suite. Mais beaucoup d’entre eux n’en sont qu’à leur troisième désillusion face à l’Égypte. Pour eux, le “mythe égyptien” relève presque de la superstition. Alors, la colère se cherche des coupables : joueurs décriés, sélectionneur mis au pilori, institution accusée. On réclame de casser la maison pour la reconstruire.
À l’opposé, les anciens et ceux de ma génération observent la tempête avec distance. Pour nous, ce signe indien est une réalité bien ancrée. Nous avons appris, parfois malgré nous, à vivre avec cette douleur récurrente. La bourrasque colérique observée depuis samedi ne nous surprend guère. Nous l’avons trop souvent vécue pour y céder encore.
Et comme par le passé, elle est inutile.
Car le véritable enjeu n’est pas de tout raser, mais de continuer à chercher le remède spécifique au “virus égyptien”. Aucun sélectionneur n’y est parvenu jusque-là. De Peter Schnittger à Patrice Beaumelle, en passant par Santa Rosa, Gabo Gérard, Davi Ferreira “Duque”, Pancho Gonzales, Robert Nouzaret, Henri Michel ou Gérard Gili, tous ont buté sur cette même énigme. Emerse Faé n’a pas fait exception. Et il n’y a là rien d’infamant.
Au contraire.
Son bilan global appelle le respect : un titre continental, une qualification pour la Coupe du monde 2026, et une équipe en constante progression. À la CAN 2025, les Éléphants ont franchi un palier. Ils ne sont plus très loin du très haut niveau mondial.
J’ose même affirmer qu’aucune autre sélection, y compris celle du pays organisateur, n’était en mesure de résister à la Côte d’Ivoire dans cette compétition. Sans ce rendez-vous funeste avec son chat noir, elle aurait très probablement décroché une quatrième étoile.
Non, cette campagne marocaine n’est pas un échec. Loin s’en faut. Emerse Faé mérite de poursuivre son œuvre, d’enrichir son expérience et de tirer les enseignements nécessaires pour relever le défi majeur qui attend les Éléphants en juin prochain, au Mexique, au Canada et aux États-Unis.
Je ne brûle personne. Je continue de croire aux Éléphants. Je crois en Emerse Faé. Mais il est temps que la FIF s’aligne sur les ambitions de cette équipe en lui offrant, dès la fenêtre internationale de mars, des matches amicaux de très haut niveau.
Assez des adversaires sans relief. Les Éléphants doivent désormais se frotter à des sélections du calibre de l’Uruguay, du Canada, du Cameroun… ou même de l’Égypte, pour enfin comprendre et peut-être conjurer ce signe indien. C’est à ce prix que l’on identifiera ceux qui ont réellement le coffre pour la Coupe du monde.
Allez les Éléphants.
Allez Emerse Faé.
Et maintenant, place à une autre bataille : la CAN féminine 2026.,

(Idée du journaliste Magloire Diop)

TKF

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