L’heure n’est plus aux remontrances paternelles ni aux campagnes de sensibilisation feutrées. Après quatre années passées à tenter de convaincre par la pédagogie, le Ministère des Transports et des Affaires Maritimes opère un virage doctrinal radical. Le constat, teinté d’amertume, s’impose de lui-même puisque malgré la modernisation sans précédent des infrastructures routières, le sang continue de tacher le bitume ivoirien avec une régularité glaçante.
Face à cette recrudescence des drames humains, les autorités ont décidé d’activer l’arsenal répressif du décret de 2022 dans sa forme la plus absolue, transformant un texte législatif en une véritable arme de dissuasion massive. Cette transition de la théorie à la pratique marque la fin d’une ère de complaisance où l’indulgence était parfois érigée en méthode d’éducation. Désormais, l’État ivoirien impose une stratégie de « Tolérance Zéro » qui ne laisse plus aucune place à l’interprétation. Le décret présidentiel, qui définit le catalogue des infractions et les sanctions afférentes, entre dans une phase d’exécution chirurgicale. Chaque usager de la route doit désormais intégrer que l’impunité est officiellement enterrée et que la sécurité collective prime désormais sur les habitudes individuelles de conduite.
Le coût de l’imprudence devient, par la force des choses, un fardeau financier et administratif immédiat pour le contrevenant. L’automobiliste qui persiste à ignorer le port de la ceinture de sécurité, à manipuler son téléphone en conduisant ou à franchir un feu tricolore au mépris du danger se voit instantanément frappé d’une amende de 10 000 FCFA, doublée d’un retrait de deux à trois points sur son permis de conduire. Cette pression s’accentue pour les adeptes de la vitesse, traqués sans relâche par un réseau de vidéo-verbalisation de plus en plus dense, où chaque excès de zèle sur l’accélérateur peut entraîner la perte brutale de six points sur un capital qui s’érode désormais à vue d’œil.
La sévérité atteint son paroxysme pour les comportements jugés les plus criminels. La conduite en sens interdit ou les manœuvres risquées sont sanctionnées par un retrait de quatre points, tandis que la conduite sous l’empire d’un état alcoolique devient une faute non négociable, entraînant le retrait immédiat de six points, l’amende maximale et l’ouverture systématique de poursuites pénales. Les professionnels du transport ne sont pas en reste, car la surcharge de passagers ou de marchandises peut désormais coûter jusqu’à 50 000 FCFA, sans compter le risque de mise en fourrière immédiate du véhicule, brisant ainsi la chaîne logistique du contrevenant.
Pour soutenir cette contre-offensive, le gouvernement s’appuie sur un trépied technologique et humain d’une rigueur inflexible. Le permis à points devient la clé de voûte de ce système, transformant le titre de conduite en un crédit de confiance qui s’épuise au gré des fautes. Parallèlement, l’œil électronique de la vidéo-verbalisation assure une surveillance continue et impartiale, captant les infractions là où l’humain ne peut être présent. Enfin, les agents sur le terrain disposent de consignes claires pour ne laisser passer aucune anomalie, qu’il s’agisse d’un défaut d’éclairage ou de l’usage de plaques d’immatriculation non conformes.
Cette rigueur nouvelle ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme un appel pressant à la responsabilité collective. Que ce soit pour les chauffeurs de gbakas, les chauffeurs de taxis ou les transporteurs de marchandises, le respect du décret de 2022 est présenté comme l’unique code de conduite acceptable pour que la route cesse d’être un cimetière à ciel ouvert. L’objectif est clair : inverser la courbe de la mortalité routière d’ici la fin de l’année 2026 en faisant comprendre par la sanction ce que certains ont refusé d’intégrer par la parole.
Georges Badiel
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