Bingerville – Santé
Nous avons rencontré, le mercredi 21 janvier 2026, Madame Alla Lucya, responsable du service de Psychologie à l’Hôpital psychiatrique de Bingerville. À travers un échange approfondi, la psychologue a levé le voile sur les signes avant-coureurs des troubles psychiques, l’importance de la consultation précoce et la situation préoccupante de la santé mentale chez les jeunes en Côte d’Ivoire.

La santé mentale commence par l’histoire personnelle
Pour Alla Lucya, la santé mentale ne peut être dissociée du vécu individuel. « Chacun naît dans une famille, chacun a une histoire, un parcours, des émotions, des réactions face aux situations de la vie », explique-t-elle. Ces expériences façonnent la personnalité et influencent la manière dont une personne fait face aux difficultés. Lorsque l’équilibre se fragilise, certains signes apparaissent et doivent alerter.

Le sommeil, premier indicateur de détresse
La psychologue insiste sur un marqueur essentiel : le sommeil. « Quand ça ne va pas, à un certain moment, on n’arrive plus à dormir. Deux, trois, quatre jours sans sommeil, ce n’est pas banal », prévient-elle. Selon elle, ces troubles ne doivent jamais être banalisés. « Il ne faut pas plaisanter avec ça. Dès qu’on constate ces signes, il faut consulter un psychologue pour chercher à lever la souffrance. »
Quand le quotidien devient difficile
Au-delà du sommeil, un changement brutal dans la vie quotidienne constitue un signal fort. Difficultés à aller au travail, conflits répétés avec l’entourage, irritabilité excessive ou intolérance à la frustration sont autant de signes préoccupants. « Quand une personne n’arrive plus à affronter les défis comme avant, qu’elle devient plus sensible ou plus colérique, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas », souligne Alla Lucya. Elle rappelle qu’il n’est pas nécessaire d’attendre une crise pour consulter.

Santé mentale et santé physique : un équilibre indissociable
Pour la spécialiste, la santé mentale est intimement liée à la santé physique. « Vous ne pouvez pas vivre sans votre tête, ni sans émotions. La santé mentale, c’est le social, le travail, mais aussi la santé physique », affirme-t-elle. Une mauvaise nouvelle médicale peut entraîner une dépression, tout comme un mal-être psychologique peut provoquer un épuisement physique. « Santé mentale égale santé physique. Les deux doivent être suivies ensemble. »
Une situation préoccupante chez les jeunes
À l’Hôpital psychiatrique de Bingerville, les consultations de jeunes sont en nette augmentation. « Nous recevons de plus en plus de jeunes souffrant de dépression, d’anxiété, de troubles alimentaires ou liés aux substances psychoactives », révèle la psychologue. S’ajoutent à cela l’addiction aux réseaux sociaux, la pression scolaire, les conflits familiaux et les troubles de l’humeur, souvent marqués par des colères exagérées.
Accueil et prise en charge à l’hôpital
À l’arrivée d’un jeune patient, plusieurs situations sont évaluées : venue volontaire ou forcée, présence ou non d’une crise aiguë. « Quand il y a une crise, le psychiatre intervient en premier. Une fois la stabilité retrouvée, le psychologue cherche à comprendre la souffrance sous-jacente », explique Alla Lucya. Cette souffrance peut remonter à l’enfance : abus verbaux, physiques, négligence ou traumatismes relationnels.
Sensibiliser pour prévenir
En guise de message à la population, la psychologue appelle à la vigilance et à la prévention. « Dès qu’on ne se reconnaît plus, ou que la famille ne nous reconnaît plus, il faut consulter. Il ne faut pas attendre d’être au fond du gouffre. » Pour elle, parler de santé mentale, consulter sans honte et agir tôt restent les clés pour préserver l’équilibre psychique individuel et collectif.
TKF
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