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Côte d’Ivoire : Don-Mello dénonce un exécutif à deux têtes et la dérive vers un « Parti-État hégémonique »

AFRIKEXPRESS-Quatre jours après la formation du nouveau gouvernement ivoirien, l’ingénieur et homme politique Ahoua Don-Mello livre une lecture sans concession de la configuration actuelle du pouvoir. Entre « confusion institutionnelle » et stratégie d’absorption, il dépeint une Côte d’Ivoire s’éloignant dangereusement des aspirations démocratiques.

Le remaniement ministériel du vendredi 23 janvier 2026 n’aura pas été le souffle de renouveau attendu par certains, mais plutôt la confirmation d’une doctrine : celle de la continuité hégémonique. Pour Ahoua Don-Mello, le constat est clinique. Ce qu’il appelle le passage du « Parti-État » vers le « Parti-État hégémonique » marque une étape clé de l’histoire politique ivoirienne sous l’ère RHDP.

L’analyse de Don-Mello remonte à la genèse : le RDR a enfanté le RHDP, lequel a fini par fusionner avec l’appareil étatique. Selon lui, nous assistons à une symbiose où les ressources et le pouvoir ne sont plus exercés au nom de la nation, mais au bénéfice exclusif d’un clan politique.

Si le départ du PDCI-RDA de la coalition a laissé des traces, les « transfuges » restés au sein du RHDP peinent, selon l’auteur, à changer l’ADN de la structure. « La greffe porte des fleurs, mais les fruits gardent le goût du RDR », souligne-t-il avec une pointe d’ironie, suggérant que l’ouverture n’est qu’une façade sous laquelle bat le cœur du noyau dur originel.

Un exécutif à deux têtes : « Deux capitaines dans un bateau »

Le point le plus saillant de cette critique concerne la structure même du nouveau gouvernement. L’instauration d’un duo exécutif composé d’un Premier Ministre et d’un Vice-Premier Ministre laisse l’observateur sceptique.

« L’un gouvernera sans régner et l’autre règnera sans gouverner », affirme Don-Mello.

En décrivant l’un comme le « Chef » et l’autre comme le « Roi » du gouvernement, il pointe du doigt un risque majeur de cacophonie institutionnelle. Dans cette architecture hybride, le risque de décisions contradictoires entre celui qui gère le quotidien et celui qui détient l’oreille de la « tour de contrôle » présidentielle pourrait fragiliser l’action publique.

Alors que la question de la succession du Président Alassane Ouattara est sur toutes les lèvres, Don-Mello entrevoit deux issues :

* La voie démocratique : Une ouverture réelle au sein du RHDP pour permettre une alternance saine.

* La voie de la force symbolique : Une référence à l’article 8 de la Charte de Kurukan Fuga (qui traite de la hiérarchie et de la discipline), suggérant une relève imposée, organisée dans le dos des principes démocratiques.

Face à ce qu’il qualifie de « cauchemar de rétropédalage », où le multipartisme ne serait plus qu’une ombre face à un parti-État cherchant à anesthésier l’opposition, Ahoua Don-Mello appelle à un sursaut.

Pour lui, le salut ne viendra que de l’émergence d’une Gauche plurielle et structurée. Une force capable de comprendre les métastases de la géopolitique mondiale et de s’opposer à cette hégémonie pour offrir à la Côte d’Ivoire un véritable passage vers la démocratie.

Le décor est planté. Entre velléités de contrôle total et besoin de renouveau, la scène politique ivoirienne de 2026 s’annonce plus polarisée que jamais.

Bintou Sanogo

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