À quelques heures des célébrations officielles du 66e anniversaire de l’Indépendance à la place Ficgayo de Yopougon, l’effervescence républicaine se heurte à des vives tensions politiques et logistiques. Sensée incarner l’unité de toute une nation, la commémoration prend dans la plus grande commune du pays des allures de terrain d’affrontement symbolique, risquant d’altérer le caractère rassembleur d’un tel rendez-vous.
L’affichage urbain déployé sur les axes majeurs de la commune suscite en premier lieu une vive polémique. La présence massive de visuels à l’effigie du Président Alassane Ouattara, vêtu du pagne de campagne du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), suscite l’incompréhension de nombreux riverains. Pour de nombreux observateurs et membres de l’opposition, le choix d’arborer des attributs partisans lors d’une célébration civique donne le sentiment d’une instrumentalisation politique visant à transformer une fête nationale universelle en un rassemblement à la gloire du chef de l’État et de sa formation politique.
À cette controverse politique s’ajoute un calvaire quotidien pour les habitants de ce poumon démographique de plus de deux millions d’habitants. La fermeture brusque des principales voies d’accès et les dispositifs de sécurité mis en place pour accueillir les officiels ont paralysé la circulation dans toute la commune depuis plusieurs jours. Yopougon se retrouve quasi inaccessible, bloquant les résidents dans des embouteillages interminables et compliquant sévèrement le quotidien des travailleurs et des commerçants locaux.
Sur le terrain, le récent bitumage de la place Ficgayo est devenue le théâtre d’une joute verbale et symbolique entre militants du RHDP et sympathisants du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI). Cet aménagement urbain sert de prétexte à une confrontation rangée autour des bilans comparés de l’ancien président Laurent Gbagbo et de l’actuel chef de l’État, ravivant les anciennes querelles politiques au lieu de célébrer l’héritage commun de la nation.
Face à ces crispations qui risquent de diviser davantage les citoyens au lieu de les unir autour de la patrie, tous les regards se tournent désormais vers la tribune officielle. Il reste à espérer que la prise de parole institutionnelle lors de ce 66e anniversaire privilégiera un discours d’apaisement, d’inclusion et de cohésion sociale capable de dépasser ces frictions d’avant-fête.
Ouattara Yvette
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