MÉDECIN APRÈS LA MORT. La Côte d’Ivoire est gravement menacée par le gangstérisme de l’orpaillage et la responsabilité de l’État est lourdement engagée.
L’orpaillage n’est pas un phénomène nouveau. Hier, domestique pour des raisons socio-culturelles et circonscrit, il s’est accéléré durant la crise militaro-politique (19 septembre 2002 – 11 avril 2011) dans les zones centre, nord, ouest (CNO, sous contrôle de la rébellion armée), pour le financement de l’insurrection et l’embourgeoisement des seigneurs de guerre.
Contre toute attente, la fin de la crise et la prise du pouvoir, en avril 2011, par Alassane Ouattara a entraîné l’amplification du phénomène sur toute l’étendue du territoire national. Les parrains et les exécutants de cette opération d’envergure, destinée à détruire le pays, se recrutent essentiellement d’abord parmi les soutiens et les supplétifs du pouvoir.
Prof. Ossey Yapo Bernard, directeur général du CIAPOL, est amer. « Nous n’avons pas été suffisamment entendus, » regrette-t-il alors qu’après le rapport alarmant de l’institution sur la gravité de la situation, en 2013, treize ministères se sont officiellement engagés.
C’était pour la forme. L’État ne prendra point le taureau par les cornes et se retrouve aujourd’hui dans la position du médecin après la mort. En 2018, sous Jean-Claude Kouassi, ministre des Mines et de la Géologie, une brigade spéciale dédiée à la répression de l’orpaillage illégal a été créée et dotée, rassurait le ministre, « de tous les moyens nécessaires (drones, moyens de contrôle satellitaires) pour se montrer à la hauteur de sa mission ». C’était pour faire illusion.
Henri Konan Bédié fustigeait, en 2019, l’orpaillage illégal. Pour noyer le poisson, le président du PDCI-RDA, adversaire politique, sera traité méchamment de xénophobe et d’ivoiritaire.
Le Conseil national de sécurité (CNS) sortira de sa torpeur en 2021. Il crée une unité censée être de pointe, le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI). De son côté, le ministère des Eaux et Forêts lançait les Unités de gestion forestière (UGF) pour les mêmes raisons.
La montagne va accoucher d’une souris. De 2021 à 2025, les sites d’orpaillage illégaux recensés sont passés de 1098 à plus de huit mille.
La complaisance et l’impéritie de l’État, qui lui font perdre quatre mille milliards de francs CFA par an, se sont, en effet, conjuguées avec sa démission. En avril 2026, l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) confiait aux chasseurs traditionnels dozo la protection de la réserve naturelle du Haut-Bandama contre les menaces environnementales dont l’orpaillage illégal qui détruit la région du Hambol.
Le Syndicat national des agriculteurs et miniers de Côte d’Ivoire (SYNAMI-CI) n’a pas été en reste. Il a conclu, en août 2022, un accord de convention avec la Fédération nationale des confréries dozos, à l’effet de sécuriser les sites d’orpaillage artisanal.
L’État ayant ainsi renoncé à son rôle régalien, au profit de cette milice traditionnelle, l’orpaillage illégal va alors prendre de l’ampleur. Ne contrôlant pas les activités de ces chasseurs traditionnels, certains groupes, selon Fadjouma Bamba, chef suprême des dozos, vont signer des accords de surveillance avec des orpailleurs illégaux pour se partager le gâteau.
Dans ce capharnaüm, le pays court, lentement mais sûrement, à sa perte. Et la citation du chef sioux Sitting Bull, aux colons américains, colle comme un gant à la réalité ivoirienne : « Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas. »
F. M. Bally
NN: Les titres sont de la rédaction
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