Le gouvernement burkinabè a pris une mesure drastique en déclarant la coordonnatrice résidente de l’ONU, Carol Flore-Smereczniak, « persona non grata ». Cette décision, la seconde du genre en moins de trois ans, signale une nouvelle escalade de tensions entre la junte au pouvoir et l’organisation internationale.
Le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré justifie son action par la « responsabilité » de Mme Flore-Smereczniak dans l’élaboration d’un rapport de l’ONU. Ce document, rédigé pour le secrétaire général de l’organisation et concernant les enfants et les conflits armés au Burkina Faso, est jugé par la junte comme « mensonger » et « véhiculant des informations graves ».
Le communiqué officiel fustige le rapport, le qualifiant de « compilation d’affirmations sans fondements et de contre-vérités ». Les autorités burkinabè regrettent que le document « cite indistinctement les terroristes et les institutions de défense et de sécurité du Burkina Faso » et ne contienne « ni copies de rapports d’enquêtes, ni arrêts de justice pour étayer les cas prétendus de violations contre des enfants ».
Cette exclusion intervient alors que le Burkina Faso est toujours en proie à une insécurité chronique, face à des attaques de groupes djihadistes. Malgré les promesses du capitaine Traoré de « reconquérir le territoire », les violences persistent et les accusations d’exactions contre les civils impliquant l’armée et ses supplétifs ne cessent de croître, soulevant l’inquiétude des organisations de défense des droits de l’homme.
L’expulsion de la diplomate mauricienne nommée en juillet 2024 s’inscrit dans un schéma de tensions récurrentes entre la junte et les acteurs internationaux. En effet, la décision rappelle celle de décembre 2022, lorsque le gouvernement de transition avait déjà expulsé la précédente coordinatrice résidente de l’ONU, l’Italienne Barbara Manzi, pour des raisons similaires.
Ce « deux poids, deux mesures » dénoncé par les autorités burkinabè, selon lequel les actions de l’armée sont traitées de la même manière que celles des groupes terroristes, est au cœur du désaccord. Cependant, les observateurs s’interrogent sur la capacité du régime à gérer la critique et à accepter un regard extérieur sur sa politique sécuritaire. En déclarant une diplomate de l’ONU persona non grata, la junte de Ouagadougou envoie un signal fort de son refus de voir son action militaire scrutée de près.
Georges Badiel
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