Alors que les ports d’Abidjan et de San-Pedro sont asphyxiés par des milliers de tonnes de cacao invendues, le parti de Laurent Gbagbo brise le silence. Dans une déclaration , le PPA-CI accuse le gouvernement de sacrifier les paysans sur l’autel de la propagande électorale.
Tout avait pourtant commencé sous des auspices électoraux favorables. En fixant le prix bord champ à 2 800 FCFA/kg pour la campagne 2025-2026, le régime RHDP pensait s’offrir un boulevard vers la présidentielle à en croire le parti panafricain. Mais pour le PPA-CI, ce prix « cosmétique » ignorait volontairement la réalité des marchés internationaux.
Aujourd’hui, le retour de bâton est violent : les exportateurs boudent les fèves ivoiriennes, jugeant le prix déconnecté des cours mondiaux. Résultat ? Des centaines de camions-remorques alignés sur le bitume portuaire depuis décembre, transformant le « premier port cacaoyer du monde » en un immense parking de la détresse.
La stratégie de l’asphyxie
Le Dr Justin Katinan Koné, porte-voix du PPA-CI, pointe du doigt un mécanisme pernicieux :
* Le blocus administratif : Le Conseil Café-Cacao est accusé de freiner la délivrance des « connaissements », bloquant ainsi légalement l’accès aux ports.
* Le mépris des intermédiaires : Avec une marge gelée à 100 FCFA/kg malgré l’inflation, les acheteurs locaux sont poussés à la faillite ou contraints de racheter le cacao à crédit aux planteurs.
* L’ombre de la corruption : Le parti s’interroge sur l’intrusion massive de cacao étranger sur le marché national, engorgeant un circuit déjà saturé au détriment du « Made in Côte d’Ivoire ».
« 280 milliards : un placebo budgétaire »
L’annonce gouvernementale d’un rachat de stock à hauteur de 280 milliards FCFA ne convainc pas l’opposition. Le PPA-CI qualifie cette mesure de « solution trompeuse ». Entre les erreurs de calcul sur le coût réel du stock (estimé à plus de 350 milliards par le parti) et le manque d’infrastructures de stockage de l’État, l’opération ressemble, selon eux, à une manœuvre pour « gagner du temps » jusqu’à la petite traite de mars, où les prix seront inévitablement revus à la baisse.
L’alternative : libérer le planteur
Face à ce qu’il qualifie de « gestion par la propagande », le PPA-CI appelle à un retour aux sources :
* La fin du monopole d’État : Revenir à une libéralisation des prix pour éviter les distorsions politiques.
* L’autonomie paysanne : Redonner le pouvoir de commercialisation aux producteurs, un modèle expérimenté sous la présidence de Laurent Gbagbo.
* La transparence : Faire jouer les fonds de garantie accumulés lors des années d’embellie plutôt que de laisser les paysans brader leurs récoltes pour payer la scolarité de leurs enfants.
« Le cacao est le pilier de notre pays, mais aujourd’hui, ce pilier vacille sous le poids de la mauvaise gouvernance », conclut le communiqué. Pour le PPA-CI, la crise actuelle n’est pas une fatalité économique, mais le symptôme d’un régime qui a cessé d’écouter ses campagnes.
Bintou Sanogo
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