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Crise du cacao : Don-Mello questionne la destination des milliards du fonds de réserve

La filière cacao ivoirienne traverse une zone de forte tension. Face à l’effondrement des cours mondiaux, Dr Ahoua Don-Mello met en cause la gestion des excédents accumulés ces dernières années et s’interroge publiquement : où sont passés les fonds de réserve du cacao ?

Au 2 février 2026, le prix du cacao coté à New York s’établit à 2 253 FCFA/kg, un niveau inférieur au prix garanti aux producteurs (2 800 FCFA/kg) et très en deçà du prix CAF exportateur estimé à 4 100 FCFA/kg.

Ce décalage crée un déficit mécanique. Selon les calculs avancés par Dr Don-Mello, le soutien nécessaire pour maintenir le prix au producteur et compenser les exportateurs atteint 1 847 FCFA/kg. Rapporté à une production nationale estimée à 1 700 000 tonnes en 2026, le besoin global s’élèverait à 3 139,9 milliards de FCFA.

Pour l’économiste, seule la mobilisation du fonds de réserve peut éviter une baisse du prix au producteur, avec les conséquences sociales que cela impliquerait.

Durant les périodes de hausse des cours internationaux, la différence entre le prix CAF et le prix mondial – parfois supérieure à 1 000 FCFA/kg et atteignant jusqu’à 3 000 FCFA/kg – devait, en principe, alimenter les réserves gérées par le Conseil Café-Cacao.

Sur une base annuelle moyenne de 2 millions de tonnes, Dr Don-Mello estime que les reversements ont pu osciller entre 2 000 et 6 000 milliards de FCFA par an. Or, souligne-t-il, ces flux financiers ne sont pas clairement identifiables dans les documents budgétaires publics.

Cette absence de traçabilité nourrit le doute sur la capacité actuelle de l’État à soutenir efficacement la filière.

Au-delà de la crise conjoncturelle, l’analyse met en avant un enjeu structurel : la transformation locale du cacao. Les produits dérivés se conservent jusqu’à deux ans, contre environ six mois pour la fève brute, offrant ainsi une meilleure flexibilité commerciale.

Des initiatives comme celle de TransCao illustrent cette volonté de montée en gamme. Mais sans visibilité claire sur le modèle financier global et sans mécanisme robuste de stabilisation, ces efforts restent fragiles.

Pour Dr Don-Mello, les excédents passés auraient pu permettre la constitution d’un véritable fonds souverain, capable de sécuriser la commercialisation en période de crise et d’accompagner l’industrialisation.

L’absence d’intervention rapide exposerait la filière à un triple choc :

tensions de trésorerie chez les exportateurs ;

ralentissement ou blocage des ventes ;

et baisse drastique du revenu des producteurs.

Dans un pays où le cacao demeure un pilier économique majeur, l’enjeu dépasse le seul secteur agricole. Il touche à la stabilité sociale et budgétaire.

En posant la question de la gestion des fonds de réserve, Dr Ahoua Don-Mello ouvre ainsi un débat plus large sur la gouvernance de la rente cacaoyère et la nécessité d’une transparence accrue pour préserver l’avenir de la première filière d’exportation du pays.

Bintou Sanogo

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