Accueil A LA UNE Lagune Ébrié : L’État serre la vis contre le remblayage illégal

Lagune Ébrié : L’État serre la vis contre le remblayage illégal

‎‎Le miroir d’eau qui enlace la métropole abidjanaise n’est plus seulement un paysage de carte postale, il est devenu le lieu d’une lutte acharnée pour la souveraineté environnementale. Ainsi, le dimanche 1er mars dernier, l’émission  »NCI 360 » s’est faite l’écho des inquiétudes croissantes des populations face à la morsure du béton sur les eaux. Pourtant, le message porté par les hauts responsables du Ministère des Transports et des Affaires Maritimes se veut résolument offensif : si le mal est identifié, la riposte est désormais structurelle.

‎Pour comprendre la physionomie actuelle des berges, il faut remonter au-delà de 2017. Avant l’entrée en vigueur du Code maritime ivoirien, un vide juridique et une surveillance poreuse ont permis l’éclosion de quarante-six sites irréguliers, grignotant environ soixante-huit hectares de domaine public. Comme l’ont souligné le Colonel-Major Julien Kouassi Yao et le Colonel Brou Yao Raphaël, ce « passif ancien » résulte souvent d’initiatives communautaires ou privées cherchant à stabiliser des terres ou à étendre des activités locales. Cette fragmentation historique nourrit aujourd’hui un sentiment d’anarchie visuelle que l’État s’attelle à corriger par une approche graduelle, mêlant stabilisation des sites et remises en état là où l’entorse au droit est trop flagrante.

‎Les chiffres, bien que précis, révèlent une réalité contrastée. Sur les cinquante-six mille hectares que compte la lagune Ébrié, le remblayage total représente moins de 1 % de la surface, soit 453,1 hectares. Toutefois, la concentration de ce phénomène sur certains points névralgiques sature l’espace urbain. Si cent-dix hectares correspondent à des aménagements portuaires réguliers et stratégiques, les 343,1 hectares restants sont le fruit de remblais irréguliers issus majoritairement des décennies précédentes. Certaines communes paient un tribut particulièrement lourd à cette expansion terrestre, à l’image de Koumassi qui a vu sa surface lagunaire amputée de 11 %, ou encore de la baie de Biétry, dont le miroir d’eau s’est réduit de plus d’un tiers en seulement quinze ans.

L’impératif économique face à la rigueur légale

‎Il convient néanmoins de distinguer l’illégal du nécessaire. Le développement fulgurant du Port Autonome d’Abidjan, dont le trafic a doublé en moins de dix ans pour atteindre plus de quarante millions de tonnes, a exigé des extensions majeures. Terminaux céréaliers, de pêche ou à conteneurs constituent des poumons économiques vitaux, aménagés sous le sceau d’études environnementales rigoureuses. En dehors de ces projets de souveraineté, la loi érige désormais une barrière infranchissable : la lagune est déclarée inaliénable et imprescriptible. Depuis le décret de juillet 2019, le remblayage est devenu une exception absolue, strictement réservé aux travaux d’intérêt général, à la protection des berges contre l’érosion ou à l’extension légitime de villages ancestraux, le tout conditionné par une validation interministérielle et une enquête publique.

‎La BRISRA : une sentinelle sur les eaux

‎Sur le terrain, la volonté politique s’incarne depuis 2025 dans la Brigade Spéciale de Lutte contre le Remblayage Anarchique (BRISRA). Cette unité opérationnelle assure une surveillance permanente, ayant déjà permis de stopper trente-six chantiers clandestins et d’immobiliser de nombreux engins de chantier. Malgré des défis logistiques persistants et l’ingéniosité des contrevenants opérant sous le couvert de la nuit, la présence de l’État est désormais palpable. Cette vigilance s’accompagne d’une prise de conscience aiguë des risques écologiques, car chaque mètre carré de lagune étouffé sous la terre aggrave les menaces d’inondation, dégrade les mangroves protectrices et perturbe durablement les zones de reproduction des poissons.

Un souffle nouveau pour la lagune

‎La stratégie de rupture a été scellée dès février 2022 par une décision forte en Conseil des Ministres : la suspension totale de tous les travaux de remblayage et le gel des situations litigieuses. Depuis lors, aucune nouvelle autorisation n’a été délivrée, marquant une volonté de laisser la lagune « respirer ». Entre la gestion d’un passé complexe et la fermeté du cadre actuel, le Ministère des Transports et des Affaires Maritimes s’engage dans une voie d’équilibre. L’objectif est clair : transformer la lagune Ébrié d’un foncier convoité en un patrimoine préservé, capable de soutenir le développement d’Abidjan sans sacrifier son intégrité écologique.

Georges Badiel avec Sercom 

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