Le projet de transformation de l’École Supérieure de Commerce d’Abidjan (ESCA) en une Business School de référence vient de franchir une étape décisive. À la clôture des activités marquant le cinquantenaire de l’institution, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Pr Adama Diawara, a affiché son soutien sans réserve à cette ambition portée par les alumni et les dirigeants de l’école.
Durant deux jours, les 11 et 12 juin 2026, universitaires, anciens étudiants, partenaires institutionnels et acteurs du secteur privé se sont réunis au Sofitel Hôtel Ivoire pour réfléchir à l’avenir de l’ESCA. Au terme des travaux, le ministre a tenu à s’exprimer davantage en universitaire qu’en responsable gouvernemental.
« Je préfère parler avec le cœur », a-t-il déclaré avant de dérouler sa vision d’un enseignement supérieur davantage connecté aux réalités économiques et aux enjeux de compétitivité du pays.
Repenser la formation pour répondre aux besoins du marché
Dans son intervention, le ministre a mis en évidence le décalage qui existe entre le niveau de qualification des diplômés et leur insertion professionnelle. S’appuyant sur les données les plus récentes, il a relevé que le chômage touche davantage les diplômés du supérieur que la moyenne nationale, une situation qui impose de nouvelles approches pédagogiques.
« Si nos diplômés ne comptent que sur la fonction publique et les entreprises privées établies, on ne peut pas s’en sortir. Il faut penser au taux d’emploi, il faut penser à l’entrepreneuriat. Tout ce qui va dans ce sens, nous, on souscrit des deux mains, tout de suite. C’est pour cela que dans la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation, nous avons introduit un socle commun de compétences que tous nos diplômés doivent avoir au sortir de la licence : l’anglais, l’informatique et l’entrepreneuriat. »
Pour le ministre, l’avenir des diplômés passe désormais par le développement de compétences transversales capables de favoriser l’employabilité, mais aussi la création d’entreprises et l’innovation.
Freiner la fuite des talents
Le Pr Adama Diawara a également insisté sur la nécessité de créer en Côte d’Ivoire des établissements d’excellence capables de retenir les meilleurs étudiants.
À l’appui de son argumentation, il a rappelé que plusieurs dizaines de diplômés ivoiriens admis dans les plus prestigieuses écoles françaises choisissent de poursuivre leur carrière à l’étranger. Une réalité qui prive le pays de ressources humaines hautement qualifiées et justifie, selon lui, l’émergence d’une école de commerce de niveau international sur le territoire national.
Une implication directe du gouvernement
L’un des temps forts de cette cérémonie de clôture a été l’annonce de l’accompagnement institutionnel de l’État dans la mise en œuvre du projet ESCA Business School.
Le ministre a indiqué que son département travaillera avec les responsables de l’école afin d’adapter le cadre juridique nécessaire à cette évolution. Cette collaboration devrait notamment conduire à une révision des textes régissant l’INPHB pour intégrer le nouveau statut de l’établissement.
Concernant les conditions d’admission, il a réaffirmé sa volonté de voir l’excellence académique demeurer le principal critère de sélection.
« Il ne faut pas en arriver à la sélection par l’argent. Même si votre papa a les moyens de vous inscrire, il faut que vous ayez le niveau pour accéder à l’école. L’argent, oui, pour faire fonctionner. Mais il faut avoir le niveau qui va avec. »
Cette vision s’accompagne d’un engagement financier de l’État en faveur des étudiants boursiers, dont les frais de formation seront pris en charge selon les mécanismes déjà en vigueur dans le système universitaire ivoirien.
La reconquête du leadership régional
Au-delà de la création d’une nouvelle école, le projet ESCA Business School s’inscrit dans une ambition nationale plus large : faire de la Côte d’Ivoire un pôle d’excellence universitaire en Afrique de l’Ouest.
Pour le ministre, le pays dispose des atouts nécessaires pour redevenir une destination privilégiée pour les étudiants de la sous-région, à condition de proposer des formations de qualité internationale et un corps professoral de haut niveau.
« La Côte d’Ivoire va reprendre sa place de hub qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Les formations de qualité dans une business school chez nous vont attirer des étudiants de la sous-région. Donc on va reprendre notre place de hub en termes de formation. Ça fait beaucoup d’avantages. Vous comprenez pourquoi j’ai souscrit à ce projet. »
Cette ambition devrait permettre de renforcer l’attractivité du système universitaire ivoirien tout en générant des retombées économiques importantes.
Une confiance affichée dans la réussite du projet
Concluant son allocution, le ministre a salué la qualité des échanges qui ont marqué ce cinquantenaire et réaffirmé sa confiance dans la concrétisation de cette vision collective.
« C’est un travail collégial, une co-construction qu’on devra faire ensemble. Et croyez-moi, je n’ai aucun doute là-dessus, je suis persuadé qu’on va y arriver. Je déclare closes ces deux excellentes journées qui ont marqué le Cinquantenaire de l’ESCA. On attend le centenaire. »
Par cette déclaration, le Pr Adama Diawara a non seulement clos les festivités officielles du jubilé d’or de l’ESCA, mais également donné le signal de départ d’un projet appelé à marquer durablement l’enseignement supérieur ivoirien.
Une déclaration fondatrice pour l’avenir
Plus tôt dans la journée, la présidente du Comité scientifique du cinquantenaire, Valérie Koulibaly, avait procédé à la lecture de la Déclaration du Cinquantenaire. Ce document stratégique engage la communauté ESCA autour de six priorités majeures : le repositionnement institutionnel de l’école, la modernisation de sa gouvernance, le développement de l’entrepreneuriat, le renforcement de la recherche, l’ouverture internationale et la consolidation du réseau des anciens.
À travers cette feuille de route, les acteurs de l’ESCA ambitionnent de faire de l’établissement, d’ici 2075, une référence africaine dans la formation des dirigeants, des entrepreneurs et des décideurs de demain.
La cérémonie s’est achevée par une photo de famille réunissant plusieurs générations d’alumni, avant la tenue de la traditionnelle Nuit du Réseau, organisée dans les salons du Sofitel Hôtel Ivoire.
BS
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