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Après l’échec de ‘’l’Appel de Bonoua’’, ‘’Trop c’est trop’’,… : Laurent Gbagbo soumet un  »Pacte social » aux Ivoiriens

Gbagbo tente de repositionner son combat sur le terrain des urgences socio-économiques

Face aux impasses successives des stratégies de mobilisation de masse et face aux crispations du régime en place, l’ancien président ivoirien opère un virage doctrinal majeur. Délaissant temporairement l’affrontement purement politicien et les slogans de crise, Laurent Gbagbo tente de repositionner son combat sur le terrain des urgences socio-économiques en soumettant un ‘’Pacte social’’ à la nation.

Une ultime carte politique pour l’ancien pensionnaire de la Haye, qui cherche à transformer la frustration populaire en un projet de gouvernance inclusif. L’histoire politique de la Côte d’Ivoire se joue souvent dans l’art de la réinvention et de la résilience. Après les échos assourdis de  »l’Appel de Bonoua » qui peinait à unifier l’opposition dans une dynamique de rupture immédiate, et suite au lancement plus récent du mouvement citoyen  »Trop c’est trop », perçu comme un cri de détresse face à la dégradation démocratique sans réelle traduction programmatique, Laurent Gbagbo change de paradigme. Le référent politique du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) ne se contente plus de la posture de l’opposant historique haranguant les foules sur les dérives institutionnelles. À travers un manifeste d’une grande densité, il formalise une offre contractuelle directe aux citoyens, matérialisée par un Pacte social destiné à transcender les clivages partisans et générationnels.

Cette initiative intervient dans un climat socio-économique marqué par une forte érosion du pouvoir d’achat et des tensions urbaines exacerbées par les récents déguerpissements de masse à Abidjan. En liant explicitement la gouvernance actuelle issue du quatrième mandat aux souffrances vécues par les populations de l’hinterland et de la capitale, l’ancien chef de l’État tente de redéfinir le sens profond de son engagement. Pour lui, la quête du pouvoir ne saurait être réduite à une simple ambition personnelle ou à des querelles d’appareil juridique.

L’humain et la justice sociale au cœur du projet

L’ossature de ce nouveau projet repose sur un constat d’exclusion que l’ex-président impute directement au modèle économique en vigueur. Laurent Gbagbo critique ouvertement une croissance macroéconomique apparente qui ne se reflète pas dans le panier de la ménagère, dénonçant une Côte d’Ivoire confinée aux contours de la lagune Ébrié au détriment des régions de l’intérieur. Face à cette situation, il oppose une doctrine de redistribution équitable des richesses nationales et une refondation des priorités étatiques.

« Le Pacte social repose sur une conviction simple : aucun ivoirien ne doit être oublié. Ce n’est pas un projet pour Laurent Gbagbo. C’est un projet pour la Côte d’Ivoire. Un projet pour le jeune qui cherche un emploi. Pour la mère de famille qui lutte contre la vie chère. Pour le planteur qui veut vivre du fruit de son travail. Pour la femme qui aspire à davantage d’autonomie. Pour le citoyen qui veut être respecté et libre de ses opinions. Pour la nation qui veut se réconcilier avec elle-même. Pour que l’on comprenne que la Côte d’Ivoire ne se résume pas qu’à Abidjan. La croissance dont on se vante tant doit profiter au peuple et non à un clan », peut-on lire dans ledit Pacte.

En formulant ces orientations sans recourir aux traditionnelles énumérations de promesses électorales, le texte intègre harmonieusement les piliers de ce pacte. Il s’agit notamment de défendre de manière vigoureuse le pouvoir d’achat des familles, d’exiger des opportunités concrètes d’insertion pour la jeunesse, de promouvoir l’autonomisation des femmes tout en protégeant le noyau familial, et de renforcer la justice sociale. Le document insiste également sur la nécessité absolue de garantir les libertés fondamentales de chaque citoyen, de déployer un développement spatialement équilibré sur l’ensemble du territoire national et de parachever le chantier toujours ouvert de la réconciliation nationale.

Une posture de transmission générationnelle

Conscient des interrogations légitimes entourant sa longévité politique et son âge, Laurent Gbagbo aborde de front la question de sa légitimité à conduire ce dessein dans une Côte d’Ivoire majoritairement jeune, dont une large fraction n’a pas connu sa gouvernance entre 2000 et 2011. Il dépouille son discours de toute scorie revancharde pour adopter une posture de sage constitutionnel, insistant sur la pérennité des institutions et des valeurs plutôt que sur les destins individuels.

« À cette étape de ma vie, mon devoir n’est pas de préparer mon avenir mais d’aider la Côte d’Ivoire à préparer le sien. Un homme passe. Une génération passe mais les valeurs doivent demeurer. Ma plus grande ambition politique pour les Ivoiriens, aujourd’hui, c’est la liberté étendue à tous les domaines. Nous avons gagné le combat du multipartisme, nous gagnerons le combat de la démocratie, de la souveraineté, de la dignité et de la prospérité ».

Le positionnement de l’ancien président s’articule ainsi autour d’un contrat social global, conçu pour répondre au sentiment d’aliénation démocratique exprimé par une partie de la population. En rappelant les acquis passés tels que la gratuité de l’école, la décentralisation ou l’allègement de la dette extérieure, il tente de démontrer la viabilité de son modèle de souveraineté économique. Reste désormais à savoir si ce ‘’Pacte social’’ parviendra à fédérer les forces vives de la nation et à s’imposer comme l’alternative crédible que ‘’l’Appel de Bonoua’’ et les mouvements citoyens antérieurs tels que ‘’Trop c’est trop’’, n’ont pu pleinement cristalliser sur l’échiquier politique ivoirien.

Georges Badiel

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