Accueil A LA UNE Orpaillage illégal en Côte d’Ivoire : Blé Goudé recentre le débat

Orpaillage illégal en Côte d’Ivoire : Blé Goudé recentre le débat

« Aucun buzz ne doit nous distraire » : le président du COJEP appelle à s’attaquer aux réseaux qui financent le phénomène et plaide pour une Côte d’Ivoire débarrassée des divisions ethniques et régionales

Charles Blé Goudé veut replacer les préoccupations quotidiennes des Ivoiriens au cœur du débat politique. Le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) a appelé ses compatriotes à ne pas se laisser détourner des véritables urgences nationales, au premier rang desquelles figurent, selon lui, l’orpaillage illégal, la souveraineté alimentaire, la santé, l’éducation et la préservation de l’environnement.

Dans une intervention au ton offensif, l’ancien ministre de la Jeunesse a surtout lancé un message au monde politique : la bataille pour la Côte d’Ivoire ne doit pas se résumer aux querelles identitaires ou aux polémiques du moment.

« Aucun buzz ne doit nous distraire. Aucun buzz ne doit nous détourner de ce qui concerne notre vie, la vie de nos enfants, notre souveraineté, notre sécurité et notre santé », a-t-il martelé.

« Qui finance ? Qui commande ? Qui achète ? »

Pour Charles Blé Goudé, la lutte contre l’orpaillage illégal ne peut se limiter à la fermeture ou à la destruction des sites clandestins.

Le président du COJEP demande que les investigations remontent jusqu’aux commanditaires et aux réseaux financiers qui alimentent cette activité.

 

« Qui recrute ces personnes ? Qui finance leurs activités ? Qui achète les engins ? Qui fournit le mercure ? Qui commercialise l’or extrait ? », s’est-il interrogé.

 

Une manière, pour lui, de poser la question de la responsabilité de ceux qui se trouvent derrière les exploitants présents sur les sites.

 

Il a également appelé à rechercher les éventuelles complicités permettant à certains opérateurs clandestins d’être informés à l’avance des opérations des forces de sécurité.

 

« Au-delà du déguerpissement, il faut démanteler les réseaux, identifier les commanditaires et mettre fin à ce système », a-t-il insisté.

Le message politique : dépasser le régionalisme

Mais l’intervention de Charles Blé Goudé ne s’est pas limitée à l’orpaillage illégal. Elle prend également une dimension politique avec son appel à dépasser les réflexes ethniques et régionaux.

Dans une Côte d’Ivoire qui a connu plusieurs crises politiques et sociales, le président du COJEP estime que les responsables politiques doivent désormais porter un discours de rassemblement.

« Nous avons une seule mère qui a besoin de tous ses enfants : la Côte d’Ivoire », a-t-il déclaré.

Il appelle ainsi ceux qui aspirent à diriger le pays à prendre en compte sa diversité et à refuser toute instrumentalisation de l’appartenance régionale ou ethnique.

« Celui qui veut diriger la Côte d’Ivoire doit comprendre qu’il dirige une nation composée de plus de soixante ethnies dont la diversité constitue une richesse », a-t-il soutenu.

« Nous sommes la Côte d’Ivoire »

Pour illustrer la force de l’identité nationale, Charles Blé Goudé s’est appuyé sur le football et le parcours des Éléphants à la Coupe d’Afrique des Nations.

Dans les moments difficiles comme dans les moments de joie, rappelle-t-il, les Ivoiriens ont toujours été capables de se retrouver autour d’un même symbole.

« Nous étions tous vêtus des couleurs orange, blanc et vert », a-t-il relevé, avant de résumer son propos en une formule : « Nous sommes la Côte d’Ivoire. »

Un message qui sonne comme un appel à reconstruire le lien national au-delà des appartenances politiques, régionales et communautaires.

Agriculture, riz, poisson : la souveraineté au cœur du débat

Autre axe fort de son intervention : la souveraineté économique et alimentaire.

Charles Blé Goudé estime que la destruction des terres et des cours d’eau par l’orpaillage illégal risque d’aggraver la dépendance du pays aux importations.

Il s’interroge notamment sur l’avenir de la production agricole ivoirienne, alors que le pays dispose d’importantes ressources naturelles.

« La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. Mais où cultiverons-nous demain si les terres sont progressivement détruites par l’orpaillage illégal ? », a-t-il lancé.

Il a également pointé la dépendance du pays dans plusieurs secteurs, notamment le poisson, la viande de porc et le riz.

 

Pour lui, ces chiffres doivent pousser les décideurs à revoir les priorités et à mettre davantage l’accent sur la production nationale, la protection des ressources naturelles et la création de conditions favorables à l’investissement productif.

« Les vrais problèmes de la Côte d’Ivoire »

Derrière son discours sur l’orpaillage, Charles Blé Goudé cherche donc à déplacer le centre de gravité du débat politique.

 

Pour le président du COJEP, les Ivoiriens sont d’abord préoccupés par leur capacité à se soigner, nourrir leurs familles, scolariser leurs enfants, accéder au logement, sécuriser leurs terres et améliorer leurs conditions de vie.

 

« Voilà les véritables problèmes de la Côte d’Ivoire », a-t-il déclaré.

 

Il invite dès lors la classe politique à sortir des débats de victimisation et des affrontements identitaires pour s’attaquer aux questions de fond.

 

Son message est clair : l’avenir politique de la Côte d’Ivoire doit désormais se jouer sur les résultats, la souveraineté, la cohésion nationale et la capacité à protéger les ressources du pays.

Et sur l’orpaillage illégal, Charles Blé Goudé veut aller plus loin : faire tomber non seulement les sites clandestins, mais aussi toute la chaîne qui les rend possibles.

BS

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