Dans le cadre du Projet de Paiement des Réductions d’Émissions (PRE), trois villages riverains du Parc national de Taï ont reçu plus de 63 millions de francs CFA. Une première tranche financière qui concrétise le mécanisme de paiement pour services environnementaux et prouve que la préservation des ressources naturelles peut devenir une alternative économique viable face à la tentation de l’orpaillage.
À la Primature d’Abidjan, la remise officielle de chèques aux communautés de Gnato, Bliéron et Pimé marque un tournant dans la politique environnementale ivoirienne. Situés dans le département de Tabou, ces trois villages riverains du Parc national de Taï voient leurs efforts de lutte contre la déforestation rétribués à hauteur de plus de 63 millions de francs CFA, dans l’attente d’un reliquat d’environ 26 millions de francs CFA.
Loin d’être perçue comme une simple dotation à fonds perdus, cette compensation financière formalise la transition vers une économie où le maintien des massifs forestiers rapporte directement aux riverains. Lors de la cérémonie, le ministre de l’Environnement et de la Transition Écologique, Abou Bamba, a tenu à souligner la valeur symbolique et économique de cette démarche. « Les chèques que nous remettrons aujourd’hui aux communautés de Gnato, Bliéron et Pimé ne sont pas de simples instruments financiers. Ils portent un message clair et puissant : en Côte d’Ivoire, préserver la forêt devient une source de revenus, un levier de développement local. Ce n’est pas un bonus d’un opérateur téléphonique. C’est l’argent que vous méritez du fait d’avoir conservé vos forêts », a-t-il déclaré.
Un modèle alternatif face à l’orpaillage et à la dégradation des sols
En choisissant de constituer volontairement une réserve naturelle de plus de 1 000 hectares, les populations locales ont délaissé l’extension agricole anarchique et les gains immédiats mais destructeurs de l’orpaillage clandestin. Une décision saluée par le ministre comme un acte de clairvoyance et de patriotisme, à contre-courant des pratiques constatées dans d’autres régions du pays où la jeunesse se tourne vers l’orpaillage faute d’alternatives perçues.
Afin de pérenniser ces acquis, l’État s’engage à accompagner ces localités jusqu’à la classification officielle de leur massif en réserve naturelle volontaire par décret présidentiel, garantissant ainsi une protection juridique renforcée. Sur le plan économique, les fonds perçus sont déjà orientés vers des activités génératrices de revenus durables. Gnato a choisi de s’investir dans l’aviculture, Bliéron dans la pisciculture, tandis que Pimé se tourne vers la porciculture.
Sur le terrain, la concrétisation de ces projets repose sur une gestion communautaire rigoureuse. Le ministre Bamba a recommandé une administration des fonds par un comité villageois incluant les femmes et les jeunes, assortie d’une reddition de comptes publique à chaque assemblée.
Des résultats concrets sur le marché du carbone
Ce mécanisme financier s’inscrit dans un dispositif plus large de valorisation de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Comme le précise Konan Eric, coordonnateur du PRE, le projet vise à capitaliser des revenus sur les marchés du carbone pour les redistribuer aux acteurs engagés sur le terrain. À ce jour, 55 millions de dollars ont été mobilisés, dont la moitié est directement injectée auprès des communautés, des producteurs de cacao et des agroforestiers, l’autre moitié finançant l’encadrement technique et administratif.
Le projet a permis de réduire un million de tonnes équivalent CO2 grâce à la conservation de plus de 3 600 hectares de forêt, au reboisement de 1 100 hectares et au développement de 75 000 hectares en agroforesterie. Au total, environ 3 milliards de francs CFA ont déjà été reversés à plus de 23 000 bénéficiaires directs, dont 10 % de femmes, auxquels s’ajoutent 7 milliards de francs CFA consacrés au renforcement des capacités institutionnelles. Des discussions sont en cours avec des partenaires internationaux pour valoriser un potentiel supplémentaire de 7 millions de dollars.
Pour les populations locales, cet aboutissement couronne un travail de longue haleine mené avec le soutien des autorités administratives locales. Djoui Tahé Bernard, chef du village de Gnato et porte-parole des bénéficiaires, a exprimé le sentiment général des communautés engagées. « Conserver une forêt pour une communauté, ce n’est pas facile. C’est grâce à notre sous-préfet que nous sommes arrivés là aujourd’hui : il nous a encadrés et encouragés pour que l’on puisse monter tous les dossiers nécessaires. Nous remercions le projet PRE et nos autorités qui nous ont accompagnés pour parvenir à ce résultat », a-t-il souligné.
Georges Badiel
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