L’offensive ivoirienne contre la criminalité économique et financière franchit une nouvelle étape décisive sous l’impulsion de l’Agence de Gestion et de Recouvrement des Avoirs Criminels. Les 17 et 18 mars 2026, la cité balnéaire d’Assinie a servi de cadre à un atelier de haut niveau destiné aux magistrats du ressort de la Cour d’Appel d’Abidjan.
Première de l’année, cette session de formation vise à ancrer l’approche patrimoniale au cœur de l’action judiciaire pour frapper les réseaux criminels là où cela fait le plus mal : leur portefeuille.
Lors de l’ouverture des travaux, la Directrice Générale de l’AGRAC, Nathalie Tapé-Djé Bi Djé, a souligné la sophistication croissante des méthodes de dissimulation utilisées par les délinquants financiers. S’appuyant sur l’Évaluation Nationale des Risques de 2019, elle a rappelé que la corruption, le trafic de stupéfiants et la cybercriminalité demeurent des menaces majeures pour l’équilibre économique de la Côte d’Ivoire. Pour la Directrice, le renforcement des capacités des magistrats est une nécessité absolue afin d’identifier, geler et confisquer les avoirs illicites, conformément aux standards internationaux portés par le GAFI. Cette vision est partagée par les partenaires internationaux, notamment l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime.
Chef de bureau de l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Kodjo Atisso a salué la détermination des autorités ivoiriennes face à un phénomène qui fragilise les institutions et détourne les ressources publiques. Il a insisté sur le rôle pivot du magistrat dans l’exploitation des flux financiers, affirmant que la capacité à orienter les enquêtes vers la recherche systématique des profits criminels est le levier principal pour améliorer les performances nationales en la matière.
Le gouvernement, représenté par Bernard Kouassi, Directeur de Cabinet du Garde des Sceaux, a réaffirmé son soutien total à cette dynamique. Il a mis en avant les avancées législatives majeures, telles que les réformes du Code de procédure pénale et du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux, qui offrent désormais des outils modernes de saisie.
Le représentant du ministre a exhorté les acteurs de la chaîne pénale à développer de véritables réflexes d’enquêtes patrimoniales, car l’objectif ultime reste de priver systématiquement le criminel de tout bénéfice tiré de ses activités illégales.
Durant deux jours, une trentaine de magistrats du siège et du parquet ont bénéficié de l’expertise de Romain Ouattara, magistrat hors hiérarchie, et de Koffi Goua, commissaire divisionnaire de police. Ces échanges ont permis de concilier la rigueur du droit avec les réalités opérationnelles des enquêtes financières complexes.
Fort de ce succès, l’AGRAC prévoit de déployer ce programme de formation dans toutes les Cours d’Appel du pays afin de bâtir une justice patrimoniale moderne, efficace et résolument tournée vers les standards internationaux d’excellence.
Georges Badiel
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