»Je milite depuis l’âge de 15 ans. Plus de 30 ans de combat,De prison, 30 ans à croire que nous étions une famille. Aujourd’hui, je ne reconnais plus ce parti.
Je connaissais Ahoua Don Mello de nom. Rien de plus.
Le déclic : quand la crise du FPI, version Affi N’Guessan, entre en guerre.
Je suis du Moronou. Militante. Impossible de regarder ailleurs.
Un autre fils de la région se range du côté d’AFFI disaient’ils.
Je me dis : « Mais c’est quoi le problème avec les cadres de chez nous depuis la chute de Gbagbo ? »
J’ouvre Facebook. Je contacte le ministre ADM.
Affi ? Je l’avais déjà enterré. Traître. Point final.
ADM, je veux le voir dans les yeux. Lui demander des comptes.
2014. Rdv est pris pour Accra son lieu d’Exil.
4 heures montre en main, de rencontre et l’homme m’épate. Je pars en procureur. Je reviens en soldate.
ADM ne négocie pas avec l’espoir. Il croit dur comme fer au retour de Gbagbo. Pas par fanatisme. Par stratégie : libérer Gbagbo, c’est libérer tous les pro-Gbagbo humiliés, et c’est ressusciter la démocratie.
Son mantra pendant l’entretien ? Son livre. _Côte d’Ivoire : sur la route de la souveraineté_.
Une fois à Abidjan, je me rend à la Fnac pour me procurer ce livre. Je l’achète, le jour même Je dévore plus de 25 pages.
Conclusion : ADM ne lâchera jamais. Ni Gbagbo. Ni le combat.
Ma décision est prise : ce livre doit tourner. Dans tout le pays. Dans toute l’Afrique francophone.
Premier coup de poignard.
J’appelle le camarade Kone aboubacar pour solliciter le parrainage politique de feu le président Aboudramane Sangaré. « Parraine la dédicace. »
Réponse : le vide. Boycott total. Lui. Et toute la meute des anti-ADM. Pas une chaise vide pour le représenter. Rien.
J’ai compris ce jour-là : leur ennemi n’est pas au Palais. Leur ennemi s’appelle Ahoua Don Mello.
L’addition arrive vite.
Marie Odette Lorougnon me vire. Je ne suis plus Secrétaire nationale des femmes FPI tendance Sangaré.
Motif non dit : j’ai osé travailler avec ADM. Donc je suis une traîtresse à Gbagbo désormais .
Je prépare ma démission. Koua Justin sort de prison et me stoppe net. « Ne leur fais pas ce plaisir, tu as trop donné pour partir… »
Je ravale ma rage. Je suis réintégrée. Mais je suis fichée. Marquée au fer rouge désormais une traitre.
2021. Juin. Le Président Gbagbo foule le sol d’Abidjan. L’histoire est écrite.
Le pompon : le Congrès constitutif du PPA-CI.
Entrée sur badge. ADM demande le sien. Refus. Il insiste. Refus.
J’ai été obligé de supplier auprès d’une responsable de l’organisation je préfère taire le nom, pour qu’il passe les portes. En catimini. Avec ses invités russes.
Lui. Le frère de lutte de Gbagbo. Humilié à la porte du congrès de Gbagbo.
Décembre. ADM étant revenu d’exil, nous du Moronou avons organisé une cérémonie à son honneur pour son retour d’exil
Le PPA-CI ? Aux abonnés absents. Silence radio. Officiel
Là, j’ai fait les comptes.
Grave après le congrès le ministre ADM ne faisait pas partir du premier secrétariat Général, et c’est après que le Président Laurent Gbagbo a corrigé.
Après 30 ans de parti derrière moi. 30 ans à encaisser pour la cause.
J’ai vu les regards. J’ai entendu les silences. J’ai senti la haine.
Une haine entre camarades qui dépasse celle qu’ils vouent au régime.
J’ai compris le projet : il n’y a pas de PPA-CI. Il y a Gbagbo. Un homme. Seul. Mortel.
Et quand Gbagbo ne sera plus là ?
Il ne restera pas un parti. Il restera un champ de ruines. Des chefs de guerre. Des règlements de comptes. Zéro combat.
Voilà pourquoi je suis partie.
Je ne milite pas pour un mausolée. Je milite pour une cause.
Je ne milite pas pour des gens qui préfèrent tuer leurs frères plutôt que d’affronter leurs adversaires.
Je ne milite pas pour un parti qui prépare ses propres funérailles au lieu de préparer l’après-Gbagbo.
Gardez vos badges. Vos congrès. Vos haines. Moi, je garde ma liberté. Et mon combat.
Et ce combat-là, il ne mourra pas avec un homme.
VOS HAINES NE FERONT PAS LA TOMBE DE NOS MEURTRISSURES.
NOTRE COMBAT FERA VOTRE PROCÈS.
NB : Titre de la rédaction
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